Thierry

Jean-Marie

 

           H.R.P : Haute Route Pyrénéenne…trois initiales et trois mots au pouvoir évocateur et presque magique pour Thierry et moi, pyrénéistes de longue date ; Trois mots qui s’inscrivaient dans notre tête comme une idée alléchante, presque un défi avec lesquels la confrontation était inévitable un jour ou l’autre…Au fil des années nous les avons beaucoup appréciées ces montagnes et ces sommets pyrénéens, d’un massif à l’autre de la chaîne, d’une saison à l’autre, avec nos chaussures de randos, mais aussi en raquettes, en ski, avec crampons et piolet… Parfois ensemble, parfois chacun avec nos projets, seul ou à plusieurs…Peut-être comme un puzzle dont nous souhaitions réunir les morceaux pour découvrir un nouvel angle de vue, cette idée de faire le HRP, « notre » HRP, s’installait durablement dans nos têtes…

           « Notre HRP » parce qu’il n’existe pas un itinéraire unique, définitivement tracé, fixé sur les éléments immuables du paysage pyrénéen mais souvent un cheminement plus ou moins marqué, balisé qui évolue au fil du temps, de l’empreinte humaine ou animale qui remodèle les passages et les accès au gré des nécessités, des besoins ou encore des forces lentes ou vives de la nature   (envahissement par la végétation, éboulements …) qui imprime son tempo propre à cette architecture des sommets et des pâturages. Mais, n’y aurait-il qu’un chemin unique que cette vision garderait toute sa pertinence ; c’est au fil des pas, des arrêts, des rencontres et des surprises, face à la beauté et à la plénitude de ces immenses espaces, que nous nous sommes appropriés, jour après jour, le sentiment de construire notre propre traversée, celle impossible à refaire parce qu’elle  met en lien un petit moment particulier de notre vie faite de rencontres imprévues avec cette grande composition qui est l’environnement vivant du milieu de la montagne.

          La HRP c’est d’abord un renversement de perspective : toute sortie dans les montagnes pyrénéennes s’inscrit – suivant en cela la configuration naturelle du relief et des voies d’accès – dans une logique spatiale presque immuable, celle d’un axe de pénétration et d’ascension Nord-Sud ( ou Sud –Nord  si vous partez par le versant espagnol ) ; Or la HRP c’est un peu comme une droite unique qui viendrait couper régulièrement et par la perpendiculaire une infinités de droites parallèles ( ça c’est pour faire le lien avec Thierry accessoirement prof de Maths dans une autre vie ), une droite, donc, qui chemine d’une mer à l’autre, de l’atlantique à la méditerranée, de l’ouest à l’est ou inversement… l’occasion est belle d’y loger les rêves d’une aventure neuve pour nous…

          Ce projet, nous l’avons mûri tranquillement, mais bien décidé, tout au long de l’année précédente ; Les premiers choix sont rapidement établis : nous posons l’idée de l’effectuer en trois ans sur des périodes de deux semaines pour couvrir l’ensemble des étapes : soit entre 40 et 45 étapes suivant l’itinéraire suivi et de l’effectuer dans le sens ouest-est d’Hendaye à Banyuls. (Ce dernier point est tout à fait subjectif). Ce « découpage » nous parait réunir plusieurs paramètres intéressants : il correspond en premier à nos disponibilités communes, Thierry et moi ; il permet aussi d’individualiser une première traversée Pays Basque / Béarn qui n’est pas un secteur de haute montagne et donc d’économiser le portage des crampons et du piolet pour les passages délicats car, bien sûr, vous l’avez compris, l’ennemi numéro 1, le critère  presque obsessionnel à l’aune duquel est jugé l’intérêt de tout matériel transporté c’est le poids !!

          …Avantage, aussi, de ne pas avoir, à ce moment du projet, à trancher sur LA question majeure qui s’impose immédiatement à nous et qui nous taraude avec une certaine perplexité : en bivouac ? en refuge ?…Souvent c’est la première question lancé par l’entourage à qui nous faisons part de nos projets ; Entourage qui se garde bien ( sans doute avec raison ! ) de nous apporter une once de certitude : En gros avantages et inconvénients se retrouvent dans les deux options ;  A l’heure où j’écris ces lignes et, faisant suite à l’expérience très réussie de notre première quinzaine, l’idée et la petite fierté qui va avec, de réaliser la traversée intégralement en bivouac a pris beaucoup de consistance. Nous percevons aussi cette première quinzaine comme un banc d’essai qui permettra de rectifier les erreurs commises dans la préparation du matériel ou la planification des étapes car nous ne savons pas trop sur quel rythme construire notre périple sachant qu’un sac à dos de 15 kg  (voir plus !) sera notre plus fidèle compagnon de route …et que nous n’avons plus tout à fait 20 ans !…Et puis une traversée de 45 jours à deux, c’est aussi une aventure humaine particulière qui engage deux personnes qui ont leur propres choix, perceptions, inclinaisons et ressentis au-delà des paroles qui nourrissent les amitiés, fédèrent des projets et scellent des décisions et cela aussi se teste grandeur nature…  (Et oui, là c’est le psychologue qui retrouve une pente naturelle avant de se focaliser à nouveau sur les rudes montées à venir).