Journée 5

VENDREDI 12 AOUT :     

FORET d’HAYRA – PONT de XUBIGNA

                          8 h – 17 h 15    

 

Journée qui débute sur un pas alerte : les conditions restent idéales avec toujours du ciel bleu, une absence d’humidité au petit matin qui nous font rapidement plier les affaires et la tente, et la petite fraîcheur du matin bienvenue en prime…Les alignements de postes de tir aux palombes, identiques à celui auprès duquel nous avons posé notre bivouac, se succèdent, presque par vagues, en suivant les courbes arrondies  des  crêtes et des collines. Mais comment donc ces volatiles peuvent-ils avoir la moindre chance de franchir avec succès la ligne frontalière ?

Long passage très agréable dans la hêtraie fraîche et ensoleillée de la forêt d’Hayra. Petite déception au Puerto de Ibaneta (col de Roncevaux) où excepté une chapelle de style moderne sans aucun charme et une stèle assez quelconque, rien ne vient rappeler cette page d’histoire lyrique ancré dans nos têtes de tout jeune écolier…Nous repartons rapidement après une brève halte en direction du col de Lepoeder, endroit où nous emprunterons pendant quelques kilomètres le chemin de St- Jacques de Compostelle…

 Changement total d’ambiance ! En un quart d’heure nous allons croiser plus de randonneurs que lors de nos quatre journées précédentes : Seul, à deux, en groupes, jeunes et moins jeunes, tous ces randonneurs-pèlerins  se dirigent  d’un pas décidé vers leur but ultime ; Etrange ballet qui paraît réglé par une instance supérieure : nous remarquons après quelques minutes que les croisements de randonneurs se succèdent régulièrement tous les cent mètres, donnant l’idée qu’un starter aurait organisé des départs échelonnés pour que chacun bénéficie d’une petite bulle d’intimité…Il devient vite décourageant de saluer chaque rencontre, d’autant que Les étrangers  prédominent .Entre les « ola » « bonjour » « hello » « hey » et autres, c’est à perdre son latin…

Nous sommes, à chaque fois, salués en retour par un  « buen camino » très consensuel, mais s’aperçoivent-ils tous ces pèlerins qui avancent d’un pas imperturbable que nous progressons en direction opposé au lieu saint ? …Oui, semble-t-il, enfin certains, car une espagnole, s’écartant légèrement de ses compagnes de voyage, nous interpelle, séance tenante, et nous demande où nous nous dirigeons, pensant que nous devons faire fausse route… Nous la rassurons dans un échange fraternel en lui expliquant que notre projet ne suit pas exactement le chemin de la foi malgré les logos et fléchages réguliers portant l’indication « chemin de Jésus »

Pour nous, modestes HRPistes, le chemin de St -Jacques  c’est le quatre, voire cinq étoiles des chemins de randonnée : borne wifi à certains endroits, poteaux en bois numéroté disposé très régulièrement le long du sentier permettant de localiser un appel d’urgence dans le cas d’une défaillance soudaine, point d’eau sur le sentier, signalétique omniprésente…Le confort du pèlerin moderne est assuré sans faille !….mais cette procession à contre-courant trouve bientôt sa fin à proximité d’une fontaine où nous remplissons les bouteilles à ras bord…Quelques instants plus tard, un peu comme à la fin d’une séance de cinéma, c’est un autre film qui reprend : film silencieux aux limites plus incertaines et à la tonalité plus surprenante : celui de la HRP… En bifurquant vers le col d’Arnostéguy nous retrouvons presque brutalement, mais non sans plaisir, nos compagnons habituels : troupeaux de vaches, chevaux, et des moutons toujours plus nombreux…

 Les restes de l’énigmatique tour ronde au sommet d’Urkulu se profilent bientôt face à nous et nous incitent à une brève montée au sommet pour approcher de plus près ce mystère ; Une des hypothèses serait qu’elle aurait été érigé -telle un trophée- pour marquer les limites de l’empire romain…

 Pour une fois, nous trouvons une utilité intéressante à un  poste de tir de palombière : celle de cacher nos sacs à dos à l’abri des regards, nous permettant ainsi une rapide montée-descente vers ce promontoire (moins de 30 minutes !). Nous n’apprendrons pas grand-chose de plus sur les lieux : il reste uniquement une ceinture circulaire de pierres, de blocs de rochers et de terre…cependant le panorama est vaste, un peu altéré par une brume de chaleur.

L’après-midi se passe sous une forte chaleur et nous confronte encore à des difficultés d’orientation : c’est d’abord un panneau en bois en direction du col d’Orgambidé cassé à sa base et remis dans le mauvais sens, puis un balisage bleu apparaissant et disparaissant de manière très aléatoire…Le GPS, lui, ne défaille pas. Arpentant sous le soleil vif et sans ombre, un bref tronçon de route, nous croisons des automobilistes qui nous encouragent le pouce levé…Le besoin d’eau se fait sentir et l’heure avance ; Nous repérons le  cayolar d’Eluzaro un peu plus loin qui, au-delà de l’achat d’un fromage de brebis va nous permettre de refaire nos indispensables réserves d’eau ! Ayant évité Béhérobie, Nous repartons pour nous arrêter rapidement quelques mètres plus bas : Nous plantons la tente près d’un petit pont auprès d’un agréable torrent dans un océan vert de hautes herbes et de fougères, à l’instar des versants montagneux nous faisant face.

J’étais à cet endroit, assis sur ce charmant et paisible petit pont de bois, accompagné par le bruissement de l’eau et plongé dans l’écriture de mes notes journalières lorsqu’une jeune et ravissante randonneuse m’interpelle en anglais : elle cherche un endroit pour planter sa tente ; Montrant le guide qu’elle tient en main, je comprends qu’elle fait le HRP. Je lui explique que l’endroit est assez exigü et l’invite à faire quelques mètres pour voir notre emplacement et réfléchir à ce qu’elle peut envisager. C’est alors que j’aperçois Thierry à quatre pattes, tournant autour de la tente et surtout faisant de grands gestes nous intimant de ne pas nous approcher ! ; Il tente de lui expliquer qu’elle peut remonter un peu plus haut, pour trouver un coin plat près d’un arbre !  Visiblement, ne comprenant pas la situation et se demandant peut-être qui sont ces randonneurs originaux, elle continue son chemin plus avant avec un grand sourire…Il faut dire que Thierry avait quelque excuse à ce comportement inhabituel : il avait égaré sa prothèse auditive dans les hautes herbes, évidemment d’une couleur similaire ; Une heure plus tard et « les foins » effectués avec minutie et acharnement  autour de la tente, le précieux appareil est retrouvé !  OUF ! La cata est évitée !…Repas très calme au bord de l’eau.

     

Journée 5

par | Avr 14, 2020

Les cartes IGN