Journée 19

 DIMANCHE 16 JUILLET :     

Cabane d’Aguilous -Rio Barrosa

                           7 h 30  – 16 h 30   

 

                        Nous quittons presque avec regrets ce bel endroit empreint de sérénité où murmurent, venant du lointain et avec légèreté, quelques sonorités de clochettes.

Notre première rencontre de la journée sur le sentier qui nous mène vers la hourquette d’Allans est poignante : c’est un mouton, seul, assis au bord du chemin à proximité de barres rocheuses et qui a une jambe cassé ; Il ne peut visiblement aller plus loin et va, probablement, hélas, être un futur repas de choix pour les vautours… Le sentier, escarpé sur l’arrivée à la hourquette offre de belles vues sur les sommets environnants, toujours dans un ciel limpide : depuis le mont Perdu et son glacier jusqu’au Vignemale, en passant par le Marboré et bien d’autres sommets…

           En direction de la hourquette de Chemantrans nous croisons les premiers HRPistes déclarés de la semaine ; En fait un randonneur seul qui nous raconte ses déboires : Partis à trois de Banyuls il y a plus d’un mois, ils ont connu divers infortunes dont une météo exécrable en Ariège : pluie, vent, grêle survenant après une semaine de forte canicule dans les Pyrénées Orientales ; Un de ses deux compagnons a coupé le sentier au plus court et descends vers St Lary, pressé de finir ; l’autre comparse doit reprendre un train dans quelques jours…Leur traversée semble en question…Nous, on se dit, avec Thierry, que nous n’avons pas ce souci de cohésion et pas eu la même météo non plus !

           La bascule sur l’autre versant, pour rejoindre la muraille de Barroude amorce la découverte de nouveaux lieux pour nous deux ; Nous la rejoignons assez rapidement pour longer un petit moment cette impressionnante paroi calcaire dont le soleil fait resplendir les différentes nuances de couleurs grises.                                   

          La chaleur et la fatigue de notre périple commence à faire ressentir ses premiers effets ; Première sortie de la trousse à pharmacie du sac à dos en vue de prévenir un début d’ampoule pour Thierry ; Quand à moi je commence à ressentir des douleurs passagères au niveau d’une dent…Aïe !

     

                               Belle récompense à l’arrivée aux lacs de Barroude : Le site est superbe avec le reflet des névés dans les eaux du lac, lui-même constellé d’îlots et de rochers aux formes pittoresques devant cette grande toile de fond qu’est la muraille. Attenant à quelques mètres, un troupeau de moutons occupe le périmètre complet d’un petit névé, histoire sans doute de garder les pattes bien au frais au cours de cette journée qui s’annonce chaude !  Quelques randonneurs sont présents sur le site, certains déjà en place pour le pique-nique où la partie de pêche. C’est vrai que l’endroit se prête au repos et à la rêverie, mais nous trouvons plus sage d’effectuer la montée, en plein soleil, vers le port de Barroude avant la pause repas…

          Le col, tout en herbe rase, n’offre aucun recours ombragé et le repas avalé nous repartons immédiatement ; Les rayons du soleil trop forts nous dissuadent d’entamer la moindre sieste ; Nous verrons cela dans la longue descente qui s’annonce vers le cirque de Barrosa (1000 m dénivellé ).

          L’air est de plus en plus chaud, le sentier assez raide, caillouteux et escarpé, nécessitant une attention constante ; Le cumul des jours de marche, les effets de la fatigue et de la chaleur entament notre ardeur et nos capacités physiques : nous nous réfugions sous l’ombre chiche d’un unique sapin repéré de loin dans l’inclinaison de la pente ; Malgré l’inconfort et l’étroitesse de l’endroit, nous nous allongeons quelques minutes. L’inquiétude se fait plus nette pour moi, car le mal aux dents devient plus régulier…et réveille dans mes pensées de mauvais souvenirs !

          Arrivés enfin dans le fond du cirque, au refuge (fermé) de Barrosa, c’est la quête de l’eau précieuse qui nous anime et nous devons remonter un torrent sur quelques mètres pour remplir à ras bord nos deux bouteilles ; L’endroit est désolé, sec, très rocailleux,  et ne nous incite pas à y rester malgré la vue sur les pics de la Munia et de la Robinera.

                   Nous suivons le rio Barrosa pour entrer progressivement dans une forêt de pins et de mélèzes ; le sentier se fait plus net et plus agréable se prolongeant ensuite par un vrai chemin. Malgré l’inclinaison horizontale du terrain qui suit le torrent, il est toujours délicat de trouver un endroit uniformément plat, ce qui est encore le cas aujourd’hui ; Il y a toujours un caillou, une racine d’arbre, un monticule de terre qui remet en question le choix visuel…Bon, nous trouvons quand même un endroit suffisamment convenable, mais ce soir, nous n’aurons pas d’horizon dégagé dans la continuité des précédents bivouacs !

La nuit est difficile pour moi, réveillé sans cesse par ce mal de dents qui ne fait que s’accentuer. J’épuise mon stock de Dafalgan et, n’y tenant plus, je dois sortir plusieurs fois de la tente pour aller marcher…je cogite dans ma tête… Il ne me sera pas possible de continuer une semaine de plus avec cette douleur permanente ; De plus, je vais être à court de médicaments…J’en parle à Thierry qui me réponds alors, très flegmatique : « on verra demain ! » 

Journée 19

par | Avr 16, 2020

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