Journée 16

 JEUDI 13 JUILLET :     

Refuge Wallon – Barranco d’Ossoue

                           7 h 30  – 17 h    

 

                       Nuit reposante malgré l’exiguïté de la tente (c’est dit !)…Météo stable et ciel complètement dégagé, c’est encore une très belle journée qui s’annonce. C’est dans la douceur d’une température idéale et de la lumière naissante que nous entreprenons la montée vers le col d’Arratille en suivant consciencieusement le gave du même nom ; Cairns et marques de peinture se succèdent dans une régularité parfaite ; Nous sommes loin des errements topographiques rencontrés dans le pays Basque !…Pour autant, nous sommes toujours étonnés de rencontrer si peu de randonneurs. Nous aurons juste la perspective d’un randonneur au lointain pendant toute la montée…

Le col atteint offre, tout à la fois, une soudaine, superbe et imposante vue sur le massif du Vignemale un peu altérée par l’éblouissement du soleil juste à la hauteur des crêtes. Petite pause, quelques randonneurs arrivent s’imprégnant de la grandeur des lieux et je me dis que la vue au soleil couchant doit être magnifique; Nous arrivons là, dans un des sanctuaires Pyrénéens et la suite de la journée nous permettra de découvrir le massif du Vignemale et le glacier d’Ossoue sous presque toutes ses facettes avec, en prime, une météo idéale…

          Rejoindre le col suivant, le col des mulets, s’effectue en traversant presque à l’horizontale le très aride circo de Ara, immense tapis de pierres déchiquetées par le gel et le soleil ; On pourrait croire que le propriétaire des lieux se soit donné pour tâche de recouvrir de pelletées de cailloux l’étendue de ce cirque nous permettant d’approcher progressivement le seigneur des lieux, le Vignemale qui d’ailleurs se fait moins imposant lorsque nous arrivons au col caché par le prolongement de l’arrête de Gaube.

          Petit arrêt au col, entre les randonneurs qui se multiplient à présent et les marmottes, sans doute alléchées par quelques miettes de barres de céréales ou de fruits séchés.

          Lors de la descente vers le refuge des Oulettes de Gaube, l’imposante face nord du Vignemale et le couloir de Gaube apparaissent soudainement, au détour d’un lacet comme un choc visuel dans l’harmonie du paysage comparable pour moi à l’apparition de l’Ossau à l’arrivée au col d’Ayous…

          Nous ne nous lassons pas d’admirer cette splendide paroi où miroitent pour encore quelques années les reflets blancs ou bleus argentés de ce qu’il reste du glacier des Oulettes sur fond de ciel bleu azur ; Au pied de la paroi un immense tapis de linaigrettes troue avec esthétisme le velouté verdoyant d’une pelouse entretenue dans la fraîcheur par la fonte du glacier ; Le tableau est magnifique, rehaussée par la pureté de la lumière et une température idéale. Nous faisons la halte-repas à l’ombre de rochers à quelques mètres en contrebas du refuge et voyons défiler l’arrivée continue et régulière des randonneurs venant du lac de Gaube.      

                                                                                                                                                               

          La montée longue et régulière vers la hourquette d’Oussoue nous permet d’approcher visuellement le couloir de Gaube et le massif du petit Vignemale tout en effectuant un lent changement de perspective…Quelle chance de le faire avec une telle météo !  Au col nous nous retournons pour admirer le lac de Gaube d’un bleu turquoise profond enchâssé dans la cuvette du vallon mais aussi pour constater une immense mer de nuages en contrebas du lac ; Ceux-ci restent accrochés en vallée et, nous espérons, pour encore un moment ! Le refuge de Bayssellance paraît tout proche, ce qu’il est effectivement ! Nous le rejoignons rapidement sous de petites rafales légères de vent. Par contraste avec la beauté majestueuse des paysages précédents, l’endroit nous semble manquer d’attraits : Le vent insiste, le refuge, lui-même, est d’une architecture douteuse et le Vignemale ne laisse plus poindre vers le ciel que le bout de sa cime…Nous voyons quand même apparaître à l’horizon la longue chaîne des montagnes de Gavarnie, promesse des jours à venir ce qui nous incite d’autant plus à nous avancer dans cette  direction en commençant la longue descente vers la vallée d’Ossoue tout en jetant quelques vues sur le glacier en phase de fonte rapide. Nous marquons un petit arrêt devant les grottes Bellevue, creusées autrefois par H. Russell dont l’une reste remarquablement en état, puis commençons notre recherche habituelle et journalière d’un endroit de bivouac idoine ; Pour aujourd’hui c’est surtout les petites rafales de vent périodiques qui retiennent notre attention : avec notre toile de tente un peu lâche, le vent a de quoi perturber notre sommeil récupérateur…Enfin nous trouvons un emplacement dans une petite cuvette encaissée sous les immenses  cascades-déversoirs des eaux de fonte de neige du glacier d’Ossoue et après des efforts coordonnés au millimètre nous avons, enfin, l’impression d’avoir sous nos yeux  une toile tendue correctement, avec la photo pour preuve ! Mais, notre satisfaction retombe rapidement sous l’action continue et inlassable des petites bourrasques de vent qui ramènent vite la toile à son état habituel…Heureusement,  les bourrasques se feront discrètes la nuit tombée…     

L’habituelle soupe chaude régénérante du soir nous permet de contempler dans un face à face silencieux, le spectacle des isards s’approchant, nous observant longuement, hésitants à s’engager dans leur repas habituel que nous perturbons…Mais ils ne repartiront pas le ventre vide ! 

Journée 16

par | Avr 16, 2020

Les cartes IGN